On rejoue?
   

2022

Exile. Angoisse. Conflit. Censure. Pouvoir. Destruction. Depuis son arrivée au Canada en 2007, Sayeh Sarfaraz utilise son art pour exprimer le côté sombre de la vie iranienne sous le régime islamique et la dictature, qui sévit. À travers une imagerie narrative toute personnelle, qui renvoi au jeu et à l’enfance, elle milite et dénonce le système répressif qu’elle a dû fuir. Ses dessins, en apparence naïfs et ludiques, font armes et frappent fort. 

Invitée en résidence de création à MCCL, elle poursuit sa réflexion en basculant du côté lumineux de son héritage culturel perse, peut-être pour une première fois. Comme un besoin viscéral de renouer avec le récit des beaux jours qui ont bercés son enfance, elle créée un nouveau corpus d’œuvres, qui révèle une culture joyeuse qui résiste et qui existe toujours, cachée derrière les portes closes. 

Les codes et signes formels propres à l’artiste demeurent les mêmes, mais les fresques deviennent gaies, et les personnages se font plus rassurants. Les couleurs sont vives et prennent toute la place, alors que les motifs évoquent la flamboyance des bijoux traditionnels ainsi que les tapis persans que collectionnait sa grand-mère. Et surtout, en suspension, partout, cette place particulière qu’occupe le jardin, trésor public précieux au cœur de Persépolis. Ainsi, malgré la présence persistance du pouvoir, le paysage sort de la noirceur et s’enchante, annonçant la force d’un patrimoine, retrouvé. 

 

Sous la forme d’un récit personnelle, qui fait échos à une actualité universelle sans cesse répétée, l’artiste puise avec nostalgie dans ses souvenirs pour en faire ressortir leurs beautés et ne pas oublier. La poésie opère et permet de conserver et transmettre l’essence de la culture perse. Le jeu devient alors ici résistance et espoir et le dessin objet de réconciliation avec son identité. Karine Laroque